Dossier de presse :

 

 

Jean Christophe LHEUILLIER, responsable des Affaires Culturelles, Ville des Sables d’Olonne.

Entretien avec Sylvain LASCO. Présentation de l’album « Houngan ».

 


 


 


 

Originaire de Mâcon en Bourgogne. Pour l'anecdote, descendant du côté maternel de la famille d'Aix de La Chaize, qui donna son nom au cimetière parisien du Père-Lachaise. Sylvain LASCO est producteur, arrangeur,auteur et compositeur. Aussi plasticien et photographe. Travailleur de l’ombre, la production en studio et la création musicale est sa priorité. Plutôt distant jusque-là avec les réseaux sociaux, et attendant le moment opportun pour mettre en avant un projet qui lui ressemble à cent pour cent. C’est le cas avec cet album intitulé Houngan, composé, produit, écrit, interprété par lui, et s’entourant de musiciens au service du projet. Notamment une invitée de prestige, chantant en duo et faisant les choeurs sur plusieurs titres : la chanteuse californienne Brisa ROCHE (1er album The Chase avec le mythique label Blue Note, B.O du film Yves Saint Laurent avec Ibrahim Maalouf…).

 

 

 

 

 

Sylvain Lasco, c’est tout d’abord un chanteur avec une voix, comme venue du fond des âges, avec une musique mêlant parfois la gamme pentatonique originelle au contrepoint d’un J.S Bach ; qui croiserait sur sa route la folk song et le picking guitare hanté des grands tribuns américains Hank Williams ou Johnny Cash…

Des arrangements pour cordes à la Bartok donnant le coude à la musique contemporaine spectrale sur « No Less Mother Less » ; Les cloches et les timbres de Toshiro Mayuzumi et les « désintégrations » de Tristan Murail. Et parfois, sur certains titres comme « Escape » ou « Yes I Ride », le voile harmonique debussyste enveloppant comme un fantôme les esprits de bluesmen des rives du delta du Mississipi, fleuve mythique, mystique… Des bluesmen qui signeraient un pacte avec des sorciers africains d’un autre âge avec « Stand By My Window », eux-mêmes se grimant et convoquant les danseurs Butô, les derviches tourneurs, et Nina Simone en grande prêtresse s’appliquant à marcher comme une ombre sur les eaux du Styx pour ne pas s’y noyer…

 Certes, c’est une mélancolie parfois intense qui se dégage de tout cela, mais de celle qui se farde et s’habille de couleurs chaudes. Ce n’est certainement pas du désespoir, du nihilisme, ou du spleen calculé… C’est une forme de voyage intérieur, filmé comme un road movie au volant d’une ford mustang fastback rouge modèle 1966, arrêté au bord d’un désert de sable, et s’interrogeant sur le spectacle : Il y a pourtant de la vie ici et là-bas… ce n’est pas un mirage… alors remettre le moteur en marche, et rouler, encore, encore, en direction du soleil, et tant qu’il y aura une goutte d’essence !

 

     

 

 

Dès la première écoute, la sonorité de cet album apparait assez « singulière »… Quand as-tu commencé ce projet et quel en est le processus de création ?

 

Pour cet album, quelques-uns des titres ont été composés il y plus d’une dizaine d’années. Trouver les musiciens adéquats et les moyens d’enregistrer ces titres m’a certes demandé un « certain » laps de temps … Appréhender toutes les subtilités d’une prise de son avec différents micros, ainsi que l’enregistrement en tant que tel, sont des étapes importantes que j’ai dû apprendre avec patience pour ne rien négliger. Le travail de départ se fait uniquement en analogique, avec un ancien 4 pistes à bandes, et un pré-ampli à lampes pour « réchauffer » le son. Vient ensuite l’étape du mixage sur ordinateur. Il n’y a aucun instrument électronique, seulement des instruments à cordes et à vents… Il y a une dizaine d’année, travailler uniquement en analogique était encore très marginal, à présent de nombreux musiciens y reviennent…

 

 

Les arrangements pour cordes sont très soignés, et particulièrement originaux sur certains titres, avec qui les as-tu travaillé ?

 

Avec mon principal partenaire, Benjamin Cloutour, un jeune professeur de violon très talentueux. C’est quelqu’un avec qui je travaille depuis quelques années, et avec qui je suis sur la même longueur d’onde. Nous avons développé une méthode très « personnelle » pour concevoir et arranger les cordes… Il vient par ailleurs de travailler avec Jean Fauque, le parolier « historique » d’Alain Bashung, pour 15 titres et un album qui devrait sortir début 2016…

  


 

Quelles sont les influences musicales ? Sur ce disque il me semble y entendre des échos de Tom Waits, Léonard Cohen, Lou Reed mais aussi la musique française de Debussy, Ravel, et les musiques contemporaines dites « spectrales »?

 

… A rajouter aussi la gamme pentatonique « originelle », que j’affectionne tout particulièrement. L’instrument le plus ancien que l’on ait retrouvé, une flûte en ivoire de 35 000 ans, joue sur ce mode pentatonique. Ces cinq tons traversent les âges, les époques, et toutes les cultures… Pour l’influence de Léonard Cohen, je pense que c’est dû au timbre de ma voix, assez « étrange » au premier abord je l’admets, comme une synthèse de celle de Cohen étranglé par Tom Waits un soir de pleine lune… ! Plus sérieusement, je dirais que je travaille la voix et la respiration d’une façon particulière, comme une caisse de résonnance, avec des infra-sons très bas qui viennent du ventre, des médiums gutturaux et certains aigus plutôt en nasales… cela permet de donner une atmosphère sous-jacente assez tendue associée à la ligne en contrepoint de la guitare, celle-ci jouant sur certains titres une sorte de flux et reflux assurant à la fois la basse et la mélodie.

Du coup, sur certains titres, les tempos ne sont ni binaires ni ternaires… D’ailleurs je ne voulais pas, pour ce projet, travailler avec une batterie ou des boîtes à rythmes… Ce sont des tempos dits « flottants », qui suivent une sorte d’horloge interne… alternativement en avance ou en retard sur le temps, pour acquérir une forme de spatialité et d’émotion que je désire créer et entendre …

 

 

L’album s’intitule « Houngan », d’où vient ce terme ?

 

C’est en lisant une biographie de David Brun-Lambert sur Nina Simone (que je recommande d’ailleurs)… A un moment donné, le terme de Houngan est évoqué. A l’origine, il s’agit d’une sorte de chaman, un intercesseur entre les vivants et les morts…

 

 

 

 Une musique qui se ferait donc parfois… chamanique ?

 

… Qui utiliserait des principes à la fois « primitifs » et contemporains… De l’énergie modale s’accouplant au pizzicato Bartok… De l’épure vaudou extatique mixé à l’esprit de « l’abstraction lyrique » de Janacek, qui pour moi est une influence « spirituelle » très présente, même si bien sûr mes petites « astuces » de compositions n’ont que peu à voir avec les règles de compositions de ce très grand maître…

 

 

Et le pseudonyme de Lasco, d’où vient-il ?

 

De mes dessins et peintures… Certains de mes amis, -surtout ceux qui ne sont pas vraiment spécialisé dans les arts plastiques-, m’ont souvent dit que mes créations leurs rappelaient les peintures des grottes de Lascaux ! Alors bon, étant passionné aussi de paléontologie depuis l’enfance, je me suis dit que ce surnom de Lasco en valait bien un autre, et je me le suis approprié… Choisir un pseudo n’est jamais un acte anodin… pour ma part cela a été très libérateur.

 

 

Peux-tu me parler du titre Make A Sound de Lou Doillon que tu reprends sur cet album ?

 

Cela fut vraiment une belle surprise de découvrir le premier album de Lou Doillon… Dès la toute première note de I.C.U, j’ai été complètement et irrémédiablement conquis et transporté par sa voix, sa façon de faire sonner chaque syllabe, chaque accent tonique, les inflexions et son phrasé incroyablement maitrisé, le sens des syncopes, les silences, les mélodies et les textes en osmose parfaite… Pour moi c’est une très grande chanteuse…qui durera bien plus qu’une saison…

 

 

 

J’ai rencontré Lou après l’un de ses concerts pour faire quelques portraits photographiques d’elle et de ses musiciens, nous avons passé près de deux heures ensemble, avec ses musiciens… Le lendemain je réécoutais son album en travaillant sur les photos, et l’idée de faire une reprise toute personnelle de Make A Sound m’est venue comme une évidence… J’ai pris la guitare, et la version de cet album est venue naturellement…

 

 

Pourquoi le choix de chanter en anglais ?

 

Lorsque je compose, j’attaque directement en même temps la mélodie et le texte en anglais. Cela sort souvent comme cela, d’une traite, je ne réfléchis absolument pas sur le coup, je me laisse porter par le courant… pourtant je ne suis pas un « vrai » bilingue, loin de là, c’est très curieux… je ne me l’explique toujours pas. Peut-être y a-t-il un lien parce que dès l’âge de 7 ou 8 ans, ma mère me chantait et m’apprenait des chansons de Bob Dylan en anglais, en parallèle avec les versions françaises d’Hugues Aufray… Nous chantions parfois en duo... Je recopiais certains textes sur un cahier d’écolier en faisant les illustrations… Je me souviens aussi avoir passé tous mes repas entre 6 et 9 ans sous un « immense » poster des Rolling Stones, je trouvais par ailleurs Brian Jones très inquiétant (rire) !

 

 

Cet album comporte 4 titres avec la participation de la chanteuse californienne Brisa Roché, quel est l’origine de cette collaboration ?

 

Je suis allé écouter Brisa Roché lors de sa tournée en France en 2005 qui interprétait son album The Chase, sorti chez Blue Note. J’ai trouvé que cette auteur-compositrice-interprète avait réalisé un album folk-rock d’une perfection telle que je n’en avais pas entendu depuis longtemps… Pas un titre en dessous d’un autre, un parfait équilibre, une présence sur scène charismatique et une musicienne accomplie…

Pour certains titres de Houngan j’avais fait quelques essais avec des chanteuses, mais je voulais aller plus loin… J’avais Brisa Roché dans mes « amis » facebook, je lui ai parlé du projet en 2013, en lui envoyant quelques maquettes bien avancées, en collaboration avec l’ingénieur-son Christian Hierro ; cela lui a plu et nous avons collaboré finalement sur plus de titres que je ne l’espérais au départ ! J’adore particulièrement ce qu’elle a fait sur le titre Gentle Spy… Lorsque j’ai entendu les pistes la toute première fois, tout seul devant l’ordinateur, j’ai eu un sourire jusqu’aux oreilles ! Il s’avérait qu’elle avait réalisé un vrai travail d’orfèvre, d’un professionnalisme et d’une sensibilité qui force le respect…

 

 

 

 Brisa Roché est présente sur deux clips vidéos, « Sometimes » et « Just To Try », elle est venue de Californie au Sables d’Olonne pour faire ce travail ?

 

Je ne pensais pas spécialement faire de vidéos clips, jugeant que la musique doit pouvoir se défendre d’elle-même…Mais j’ai profité d’un concours de circonstances qui a fait que Brisa Roché –qui était à Paris- avait un petit week-end libre pour venir au Sables d’Olonne. Et faire ces deux clips nous a amusés…Ce sont en quelque sorte des clips vidéos « éco-responsables » (sourire), n’ayant exigé aucun des moyens dignes de « superproductions » auxquels sont soumis parfois ce style d’exercice… ! La post production elle-même est réduite au quasi minimum : mixage et synchronisation…

 

 

Que racontent les textes, et d’où vient cet accent anglais parfois un peu « particulier » ?

 

Les chansons racontent toujours un peu les mêmes histoires… Sinon, mes textes ne sont pas spécialement « engagés », au sens politique du terme… Je ne cherche pas non plus vraiment à développer un récit avec un début et une fin qui apporterait un sens « définitif », et encore moins une morale…

Le texte, plutôt symbolique, n’est finalement là, en anglais, que pour un travail sur le « spectre » sonore et l’utilisation de timbres pour chaque mot, chaque syllabe. Les mots sont traités de manière « sonores » et chromatiques, comme des couleurs…

Pour ce qui est de l’accent anglais, il n’y a aucune volonté de prendre un accent particulier identifiable, qu’il soit new yorkais, texan, californien ou des Appalaches… C’est un accent de « nulle part »… A une époque je pensais même chanter dans une langue inventée intraduisible, mais le chanteur Nosfell m’a pris de court (sourire) ! Ce qu’il a fait avec le chorégraphe Philippe Decouflé est remarquable…

 

 

Quel est ton parcours musical ?

 

Il est vrai que je sors un premier album à l’âge où d’autres musiciens raccrochent plutôt les gants… ! En fait, toujours parallèlement aux arts plastiques, j’ai vraiment commencé un « travail » avec la musique en étant DJ radio dans les 80’s, avec les débuts de la radio « libre ». J’ai fait cela entre mes 17 et 21 ans sur des radios locales de Mâcon, en bourgogne. J’animais plusieurs émissions, huit heures par semaine… l’une d’elle était consacrée aux musiques dites « new- wave » et « industrielles » de l’époque ; j’animais aussi une émission de jazz, et une autre pour la musique classique, baroque, et contemporaine...

Les soirs de week-end je travaillais parfois dans « certaines » discothèques sur la région mâconnaise, et la ville de Lyon pour y passer la musique « indé » anglaise ou allemande de l’époque, avec aussi les prémisses de ce qui deviendra le « phénomène » techno quelques années plus tard, une période que j’ai suivie de très près… Dans le même temps j’avais un emploi de responsable disquaire… Je suivais les cours du soir aux Beaux-Arts, peinture et dessin… J’apprenais aussi sérieusement la guitare et le piano avec un prof de jazz… Puis, plus tard, vers 25 ans, j’ai rencontré un musicien avec lequel le courant passait bien, nous expérimentions et bricolions des morceaux à base de boite à rythme, clavier, clarinette, guitares électriques plus ou moins trafiquées… Une sorte de post- Birthday Party mixé à Sonic Youth… Bien plus tard je me suis même retrouvé à chanter 2 ans dans un groupe qui ne faisait que des reprises des 50’s, de Chuck Berry à Johnny Cash ! Ça a été très formateur pour la suite… Dans le même temps je composais des folks-songs dans mon coin dans « l’esprit » de Nick Drake, Tim Buckley… Puis, peu à peu, je me suis mis à « simplifier » de plus en plus les structures, en utilisant différemment les timbres et le jeu de la guitare, afin de libérer de l’espace pour les harmonies…

 

 

Tu pratiques aussi de la photographie, y a-t-il un rapport entre ce travail photographique et la musique ?

 

En photo, et depuis quelques années, je me suis plutôt « spécialisé » dans le portrait, le plus souvent ce sont des artistes, chanteurs, musiciens, pour du dossier de presse et des expositions… C’est le seul véritable rapport. Je les photographie lorsqu’ils sont sur scène, ou backstage, parfois en atelier… Je ne photographie quasiment qu’en noir et blanc, en focale fixe, jamais de flash. Mes portraits peuvent être assez frontaux, avec un travail sur la lumière assez « classique », « old-school ». J’aime aller à l’essentiel, le regard, la personnalité du sujet –ce que j’en devine-, j’évite en général le décorum et certaines « surenchères » narratives.

 

 

 Les projets après cet album ?

 

Musicalement, pour les deux ou trois années à venir, j’ai 2 autres albums 9 titres quasiment prêt… Avec Houngan, cela formera une sorte de trilogie… Sinon, continuer à collaborer et faire de la production avec des artistes avec lesquels je ressens de réelles affinités. Produire aussi des arrangements pour cordes avec mon partenaire Benjamin Cloutour pour d’autres artistes. A terme aussi, faire de la scène avec des musiciens, en m’alliant avec des chorégraphes de danse contemporaine, des vidéastes…

 

 

Un titre sur cet album dont tu es particulièrement « fier » ?

 

… Je dirais, et pour des raisons particulières, la reprise de « Make A Sound », car elle a plu et a été autorisée par sa compositrice Lou Doillon, ses proches et sa production –Etienne Daho, Jane Birkin…- La cerise sur le gâteau étant d’avoir aussi Brisa Roché qui chante avec moi sur ce titre… C’est une reconnaissance du métier par des artistes dont je respecte l’itinéraire…

 

 

PRESSE :

ROCK & FOLK décembre 2015