Biographie



 

 

 

La chanteuse Catherine « Weena » Truscelli et le guitariste Alain Frappier fondent Baroque Bordello en 1981, avec le batteur Gilles "Prad" Pradinas et le bassiste Gilles "Pewal" Bourges.
Leurs principales influences sont anglo-saxonnes, et vont de Patti Smith à Joy Division en passant par The Stranglers (dont un des titres leur inspire leur nom).

 


Le premier EP 3 titres de Baroque Bordello, produit par Lol Tolhurst de The Cure, sort en 1984 sur le label Alg Records. Le groupe réalise par la suite deux albums sur le label Garage Records. Un dernier 45t enregistré sous le nom de Baroque paraît sur le label Polydor en 1981.
Au fil des années plusieurs musiciens ont rejoint Catherine Truscelli et Alain Frappier au sein de Baroque Bordello. Après 1984, la section rythmique est modifiée. Viendront successivement le bassiste Patrick Griffiths, ex-23 Skidoo, puis le batteur Michael Rushton, futur membre des Innocents, ainsi que Pascale Meunier aux claviers, et enfin, en 1986, Patrick Lambert (ex-Too Much) à la batterie.
Baroque Bordello joue sur les scènes de l'époque : au Palace avec les Belles Stars, à l'Eldorado, en 1984, avec les Psychedelic Furs, ou encore au Festival de Mont de Marsan de 1985, avec Killing Joke et Siouxsie and the Banshees.
La musique de Baroque Bordello doit beaucoup aux arrangements trouvés par le groupe en répétitions ou en studio. Cependant l'essentiel des compositions sont le fait d'Alain Frappier et de Pat Griffiths. Les paroles sont écrites en français, en anglais, voire en allemand et même en arabe, par la chanteuse Weena Truscelli. Bien que cela ne se retrouve guère dans ses enregistrements discographiques, les prestations scéniques du groupe sont plutôt échevelées et agressives.
L’interview qui suit s’est déroulé par mail. Je me nomme Sylvain Lasco, et j’ai contacté Weena, puis Pat Griffiths tout simplement avec l’aide de Facebook…

 


J’ai été disquaire au milieu des 80’s, tout en travaillant le week-end dans les premières radios dites « libres ». J’y animais diverses émissions –du rock indé au jazz et classique contemporain-… Parfois aussi, faisant le DJ dans « certaines » discothèques pour passer de la new-wave, cold-wave et autre « musique industrielle », ancêtre du phénomène techno…
La reprise de Bonnie & Clyde par Baroque Bordello était pour quelques-uns d’entre nous, passionnés, voire plutôt « complètement fondus », un titre dont la production et le son était absolument irrésistible et inédit pour un groupe français « indé » de l’époque. Seul le 33t de Serge Gainsbourg sorti environ un an auparavant semblait rivaliser de par l’ingéniosité des spectres de la production…
Mais ce dernier avait été créé au États-Unis, avec la fine fleur des musiciens de studio, et des moyens de productions tels que décrits ci-dessous… Baroque Bordello, et le studio Garage ne jouait pas dans la même cour d’école !
Et pourtant… Le résultat est là. Une trentaine d’année après, le son de Bonnie & Clyde de Baroque Bordello surprend encore… Parfois, lorsque dans des soirées, l’on me pousse d’office pour faire le DJ, je lance alors ce titre entre deux « nouveautés » et le résultat est toujours le même : « mais c’est quoi ce truc ! C’est génial, d’où ça sort !? »…
Parce qu’il faut dire qu’en 2015, il n’y a plus guère de « mélomanes » parmi les plus « fouineurs » ayant toujours l’oreille aux aguets, pour connaitre cette reprise de Bonnie & Clyde par Baroque Bordello. Et c’est assurément dommage !

 

Questions posées à Weena Truscelli :

 

 

- Qui a eu le premier l'idée et l'impulsion de reprendre cette chanson de S.Gainsbourg " Bonnie & Clyde " ?


- A t'il été facile d'obtenir l'autorisation de reprendre cette chanson ? Le groupe a-t-il eu à verser des droits d'auteurs "conséquents" ?

- Serge Gainsbourg vous a-t-il d'une façon ou d'une autre fait savoir ce qu'il pensait de cette reprise ?

- Cet album, Love on The Beat, a t'il influencé votre production pour le traitement de la chanson Bonnie & Clyde ? Vouliez-vous vous "mesurer" et "rivaliser" avec cette production américaine, dont aucun studio français, semblait-il, ne pouvait avoir la capacité d'approcher...?

- En tout cas, votre reprise de Bonnie & Clyde est sans aucun doute l'une des toutes meilleures productions au niveau de la qualité et de l'originalité des arrangements pour les années 80's. Je dirai même que ce titre pourrait sortir tel quel actuellement sans que personne ne se doute que ce titre a "déjà" une trentaine d'années ! Qui a pris le plus de décisions et d'initiatives au sein de Baroque Bordello concernant les arrangements de ce titre ?

- La réalisation de ce titre a dû prendre un certain temps de recherches... Y a-t-il eu plusieurs versions ? Quel est la petite histoire de ses recherches ?

- Pat Griffiths était la bassiste du groupe. Comment s'est-il retrouvé à faire la voix ? Etait-ce sa propre décision ? Qui a eu l'idée de faire cette version anglais/français, de fixer cette introduction en anglais ?

- Ce titre a-t-il eu un public en Angleterre ?

- Bonnie & Clyde dure environ 5 minutes, cela a t'il été un "inconvénient" pour certaines radios ? Alors que le potentiel de ce titre était pourtant énorme pour plaire à un large public je ne me souviens pas qu'il fût diffusé à "grande échelle"... Y a-t-il une ou plusieurs raisons à cela ?

 

Réponses de Weena Truscelli :

 

 

Ce qui me caractérisait à l'époque de Baroque Bordello -(j'avais 17 ans quand ça a commencé, et 25 ou 26 ans quand j'ai quitté le groupe) et malgré une éducation dispensée par des parents qui se voulaient des intellectuels bourgeois parisiens - c'était le fait d'être spontanée, primesautière, sans limite.
Comment exprimer cela avec grâce ? "Sex and drugs and rock'n roll" n'était pas pour moi une maxime excitante et pleine de promesses, mais une réalité que j'avais voulu quotidienne et avec laquelle je pensais éviter de durer.

Mais ma vie s'est déroulée autrement… Et les morts qui ont jalonnées mon chemin, les souffrances et prises ce conscience qu'elles ont générées, ont fait que je suis toujours là, mais avec une mémoire pas toujours fiable à 100% ! Les autres membres du groupe n'était pas dans le même "état" que moi, du moins pas ceux qui sont sur cet album, ils étaient plutôt "clean". J'étais ce que j'étais, mais j'étais une boule d'énergie pure, à la fois assez cultivée et totalement impudique, lâchée, sans peur, un moteur en quelque sorte. L'alchimie du groupe n'a plus existé après mon départ, même si Pat et Alain sont resté amis et ont fait d'autres tentatives musicales ensemble.

Pour ce qui est de mes souvenirs quant à ce titre, je sais que nous aimions tous beaucoup Gainsbourg et sa musique, le Studio Garage qui nous produisait à l'époque nous permettait de passer des nuits entières pendant des semaines à faire des expériences musicales (pas n'importe quoi, mais pas de limites de temps précises, donc pas de problème de fric avec le studio) et puis l'envie…Tout ce que j'ai fait à cette époque c'était comme ça : j'ai envie, je fais. Pat a toujours été celui avec qui je m'entendais le mieux (pas de séduction ambiguë ou autre, un ami), et le plus proche de ma vision d'une musique ouverte, qui ne cherche pas à correspondre à ceci ou cela, on se faisait plaisir pour pouvoir apporter du plaisir ou surtout des émotions à ceux qui pourraient nous entendre, je pense que nous nous sentions les mains et l'esprit libres -ou croyant être libres- peu importe à cet âge…

Pat était celui qui chantait le mieux, le seul qui chantait vraiment en fait. Nous avions écouté la version de Bonnie and Clyde où c'était Jane Birkin et pas Bardot qui chantait avec Gainsbourg (ai-je rêvé cette version ? je ne l'ai plus jamais trouvé !) et comme nous n'avions pas de réel duo avec Pat, et que nous aimions bien chanter ensemble, nous nous étions dit que ça serait marrant que ce soit l'homme qui est l'accent anglais (étant anglais) et pas la femme ...... Je crois me rappeler que c'est lui qui a eu l'idée de la boucle sonore, c'était les débuts des samples dans la musique, de lui aussi l'idée de l'intro en anglais. J'ai eu l'idée des vocalises derrière, j'aimais qu'il y ait une voix chuchotée et la voix de "l'âme" en hurlement de fond.... Et puis bien sûr, l'image du couple Bonnie and Clyde était forte : marginaux, rebelles, largués, jeunes, beaux, sans limite. Très "rock'n roll" en fait, somewhere ?!!Nous n'avons nullement essayé de rivaliser avec qui que ce soit, mais certainement de faire au mieux en y croyant très fort, personnellement je trouve la production de ce disque assez mauvaise avec le recul, sauf en effet sur ce morceau. Sinon globalement, les voix sont lointaines, la batterie trop présente, tout résonne etc. Nous faisions vraiment tout, tous ensemble, mais c'est Dominique Ledudal du "Garage" qui était censé être aux manettes du mixage.


Ce titre n'a pas eu à ma connaissance de public en Angleterre et sa durée n'a pas gêné pour les passages radio, nous avions misé sur d'autres titres pour promouvoir l'album et ils n'ont malheureusement pas soulevé l'enthousiasme !
Il y a eu un passage télévisé sur TV6 avec Alain Maneval qui restera pour moi un souvenir inoubliable. Nous avons chanté (en play-back mais en direct) Bonnie and Clyde avec Pat (et Baroque), l'après-midi du jour où je me suis mariée. J'ai dû quitté le mariage (un mariage atypique et simple !) pour aller faire cette télé, le mariage avait été prévu avant la date de la télé, évidemment, c'était un hasard mais c'était juste incroyable ! J'ai chanté avec Pat, en robe de mariée (rock'n roll:-), on se regarde tendrement avec "Clyde", les familles étaient devant la télé !! Je dois avoir une K7 vidéo de cette émission, on avait pris du riz dans la figure (Maneval avait prévu le coup!), j'ai jeté mon bouquet à une fille du public et je me suis fait arracher des morceaux de ma robe en tulle..... Trop bien.

Mon beau mari est mort 5 ans après, ce qui fait de cet instant un souvenir d'autant plus troublant. Mais depuis ce funeste jour, je crois avoir muselé pièce par pièce mon insouciante créativité !
Mais je ne suis pas nostalgique, je pense peu à cette époque. Je suis plutôt dans "l'action", si je peux !!Les autres membres du groupe ont sans doute d'autres histoires à raconter sur ce titre.... (Sur Facebook : Pascale la Blonde (clavier), Pat Griffiths, Alain Frappier et Michael Rushton)
L'autorisation nous a été accordée sans trop de problème, me semble-t-il, à part le fait que ça ait pris du temps. Les droits revenait à Gainsbourg pour les passages, c'est normal, peut être touchions nous des droits d'arrangement et d'interprétation (je ne sais plus les termes exactes) ! Je ne crois pas avoir jamais su ce qu'il pensait de cette reprise, malheureusement...

 

 

Réponse de Pat Griffiths

 

 Jusqu’à l'âge de 18 ans, j'avais écouté le lot habituel du rock : Yes, Genesis, Deep Purple… mais aussi du Glam Rock : T-Rex, Bowie, Sweet, Slade, Suzie Quattro... Puis en 1977, j'ai entendu "Anarchy in the UK" et "God Save the Queen" des Sex Pistols ! Une porte s'était ouverte qui ne se refermerait plus jamais.

 

J'ai formé, ou rejoint des groupes à partir de 1978… Jouant de la basse et écrivant immédiatement des chansons moi-même ou avec d'autres membres de groupes. En 1979, j'ai rejoint 23Skidoo, de la région Nord de Londres. Ils étaient en pleine phase de mutation, évoluant d'un groupe Punk Pop à 5 instruments vers une musique de type expérimental et industriel. En 1981, je sentais que j'avais fait le tour avec eux et j'ai décidé de quitter le groupe, et venir en France.
Je suis allé vite, comme toujours - j'ai rejoint et formé des groupes, répétant souvent à « l'infâme » Parking 2000 - un garage en sous-sol qui avait des "boxes" au niveau -4; c'est là que j'ai rencontré Baroque Bordello. Nous sommes rapidement devenus amis. Nous partagions même parfois l'affiche dans les concerts - je pense que nous faisions tous librement partie de la scène parisienne Cold-Wave de la première moitié des années 80.
Baroque Bordello

 

Le bassiste de Baroque est tombé malade pendant une période prolongée, et ils étaient coincés pour quelques concerts, donc ils m'ont demandé de le remplacer. J'étais enchanté et j'ai découvert peu après le monde bizarre et extraordinaire de Baroque Bordello.
Pour faire court, je suis devenu le bassiste et co-auteur avec le guitariste Alain Frappier, transformant peut être Baroque en un groupe moins Cold Wave et plus Pop New wave (bien que cela était dans l'air du temps à l'époque). Nous avons donné des concerts, et avons finalement rencontré Garage Records, qui a ensuite procédé à l'enregistrement de notre premier album 'Via", un petit LP au climat sonore timide et émouvant, qui n'était pas sans charme. Tous dans le groupe, nous avons découvert les possibilités et les inconvénients de l'enregistrement multi-pistes (de longues heures de mixage, et trouver la concentration à 5 heures du matin pour programmer une machine ou chanter ou jouer le morceau solo « de sa vie »).
Après "Via", Baroque Bordello a intensifié (modestement) les concerts en France et a commencé à modéliser et peaufiner son spectacle de scène qui était excitant et ... « baroque ». Des costumes, du maquillage, des apparitions extravagantes. Les chansons étaient écrites avec la scène en tête... nous étions accro à la scène.

 

Il me semble que nous étions en train d'enregistrer notre prochain album Paranoiac Songs pendant cette période.
Dans nos concerts et aussi sur "Via" , il y avait toujours un "spot" où je chantais ou dans lequel Weena faisait les chœurs. Pour Paranoiac Songs nous n'avions pas vraiment cela. Un jour, je pense que c'était Alain - soutenu par Weena -, m'a transmis une feuille de paroles manuscrite intitulée Bonnie and Clyde. J'ai dû partir et écouter la cassette qu'Alain m'avait faite, et, en l'espace plus ou moins d'une semaine, - ou peut-être l'avons-nous joué en concert d'abord - je ne sais plus -nous étions en train de l'enregistrer.
J'ai dû me sentir mal à l'aise avec certaines parties, et j'ai donc traduit en anglais, Alain a fait le wo-wo-uaip (dans un échantillonneur AMS), Pascal était sur le clavier faisant le synthé bass, un homme nommé Gérard Pardessus faisait le piano en écho sur les notes pointées, je jouais le solo en synthé déformé à la fin, qui débute par un glissando ascendant. Le mixage a été réalisé par Dominique Ledubal, nous tous donnant un coup de main.

 

Comme pour l'ensemble de Paranoia Songs, tout transpirait tristement de réverbération et d'écho.
Je me souviens qu'il n'y a jamais eu de problèmes pour obtenir la permission de l'enregistrer et nous n'avons jamais su si S Gainsbourg l'avait écoutée ni s'il était d'accord. Bonnie & Clyde est vite devenue un must dans nos performances sur scène - un duo dans lequel je laissais la basse à Pascale.
Baroque était un super groupe auquel appartenir ; tous les membres, des musiciens sensibles. Nous faisions des chansons soit en improvisant (d'une façon modeste) en répétition ou aussi en écrivant une chanson de A à Z puis en laissant les autres la travailler et modifier leurs parties. ll y avait parfois des tensions mais le trio de base - Weena, Alain et moi-même - maintenions une équipe solide de création musicale, attirant des musiciens variés sur une partie du parcours, et accumulant une base de fans petite mais fidèle. Rien de tout cela n'aurait été possible sans les personnes chez Garage Records.

 


Je n'ai jamais arrêté de faire de la musique et de faire partie d'un groupe à partir de 1978 et je suis toujours aussi excité par tout projet d'actualité que quand j'avais 18 ans. Je chante et compose pour mon groupe InRed, je chante avec Angelfish Decay, et je joue du violoncelle dans un quartet de cordes classique nommé Ma Non Troppo…

 

 

Discographie
Singles et EP

 


• Today, maxi 45 tours, Alg Records, 1984
  Albums et compilations
• Via, mini album 7 titres, Garage Records, 1985
• Paranoïac Songs, album 10 titres, Garage Records, 1986
• Garage 1966-1970, Garage Records, 1986, album 11 titres.
 
Baroque Bordello y interprète See Emily Play, de Syd Barrett.
• 83-86, CD compilation 19 titres + Regards, CD 16 titres inédits,
  Infrastition, 2004